1998                                        1999   2000   2001   2002   2003

                                                                  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En janvier 1998, paraît chez L'Harmattan (collection "Espaces littéraires") la réédition de la monographie de Saint-John Perse de Mireille Sacotte parue chez Belfond en 1991. Sous le nouveau titre Alexis Leger / Saint-John Perse, cette nouvelle édition a le mérite de reproduire très exactement la pagination de l'ancienne (ce qui présente bien des avantages pour les travaux en cours). La quatrième de couverture est la même et fait état de cette évolution substantielle qui avait marqué dans les études persiennes la publication de cette

monographie au début des années quatre-vingt dix :

 

« Le temps a passé depuis les années soixante où la critique possédait pour tout document de travail l'œuvre nue, publiée dans la collection blanche de Gallimard. En 1972, l'édition de la Pléiade, établie par le poète lui-même, sembla fournir aux lecteurs et aux chercheurs tous les renseignements dont ils rêvaient. Pourtant, après la mort d'Alexis Leger, on a commencé à considérer sous un nouvel angle certains aspects de la personnalité et du travail de Saint-John Perse. A partir de nombreux documents conservés à la Fondation Saint-John Perse et enfin accessible (des livres annotés appartenant à la bibliothèque du poète, divers états des poèmes, des lettres inédites, etc.), Mireille Sacotte a réalisé un dossier complet sur Alexis Leger/Saint-John Perse. Elle y étudie notamment les liens du poète avec les Antilles, fondateurs d'une vision du monde, d'un imaginaire et d'une écriture. Elle brosse un portrait du jeune homme de vingt ans, aborde la carrière diplomatique de Leger (importance de son séjour en Chine, relations conflictuelles avec le général de Gaulle...) et, bien sûr, observe sa pratique de l'écriture. Nous voici à notre tour à pied d'œuvre. Et peu à peu se précise le rapport qui existe entre l'extraordinaire fouillis d'un chantier de carénage et des "immortelles carènes des poèmes". »

 

 

 

 

En novembre de la même année, Colette Camelin publie aux éditions du CNRS (collection "CNRS Littérature"), une version de sa thèse (« Saint-John Perse : de la pensée de l'exil à la philosophie du  mouvement ». L'étude marque un tournant dans l'analyse de l'oeuvre, confirmant l'importance cruciale d'une étude approfondie des lectures du poète, rendue possible par une attention fine à la bibliothèque personnelle conservée à la Fondation Saint-John Perse.

 

Parcourant les recueils, le propos de Colette Camelin s'avère indispensable pour une juste appréhension des soubassements

philosophiques et des modèle esthétiques de l'oeuvre, en pistant les

traces de cete réconciliation des "contraires" qui irrigue la poétique

persienne. Quatrième de couverture :

 

« L'œuvre de Saint-John Perse semble édifiée à l'écart des mouvements littéraires du XXe siècle. Le poète a cultivé cette distance en même temps qu'il sculptait le masque du personnage appelé "Saint-John Perse" dans le volume de la Pléiade rédigé et agencé par ses soins : il entendait alors défendre sa poésie dans un contexte jugé défavorable. Colette Camelin interroge l'historicité de cette œuvre, donnée pour intemporelle, et montre comment, affrontant les enjeux majeurs du siècle, elle se construit dans un dialogue complexe avec le symbolisme, le surréalisme, la peinture de Georges Braque...

De manière originale, l'étude conjointe des manuscrits et de la bibliothèque du poète permet de combiner l'analyse des recueils, au fil de l'élaboration de l'œuvre, avec l'examen des ouvrages qui ont nourri sa pensée. On lit par-dessus son épaule

Empédocle, Pindare, Virgile, Plotin, Spinoza, Rimbaud, Nietzsche, Bergson, en même temps qu'on accompagne son évolution intellectuelle, inscrite dans les Proses et la texture même des poèmes.

Dans cette poétique se dégagent ainsi de vives tensions entre l'énergie cosmique et

l'action humaine, la puissance du subconscient et la rigueur intellectuelle, mais aussi entre la souffrance de la perte et l'éclat de l'éloge, le rythme savamment gouverné et l'émotion qui brise la syntaxe. Oeuvre humaine "à fleur d'abîme", oeuvre vivante où, des contraires, jaillit l'éclat. »

 

 

 

 

 

 

En décembre, pour sa quatorzième livraison, la série des Cahiers

Saint-John Perse (collection "Cahiers de la NRF" de Gallimard) donne la parole à Mary Gallagher, qui avait consacré sa thèse à "La poétique de la différence chez Saint-John Perse" (Université de Paris VIII, juin 1988). Elle s'intéresse ici à la question fort épineuse comme on le sait, de la "créolité" putative ou réelle de l'auteur d'Eloges.

Edouard Glissant donne en quelque sorte son imprimature à cette étude, par une préface dense ("L'Etendue et la Profondeur") dont le ton est donné par cette présentation de l'ouvrage, en quatrième de couverture :

 

«La créolisation "dissimulée" dans l'œuvre de Saint-John Perse fait qu'il rejoint, ou qu'il développe, comme cet autre auteur issu de l'univers des Plantations, William

Faulkner, les procédés du conteur, créole ou amérindien ou noir-américain :

l'accumulation dans la description, la répétition dans les récits, l'assonance dans

l'exaltation poétique, la hachure des rythmes, et ces précieux listages d'Anabase ("... celui qui trouve son emploi dans la contemplation d'une pierre verte..."), par quoi le réel est tramé en étendue, récusant toute fausse profondeur. Ces techniques de l'oralité ne sont nulle part données comme telles, ni proclamées ni revendiquées dans l'œuvre. Le détour poétique (la "traduction" subreptice du créole ou sa trop visible mise en scène) crée un "liant" aussi puissant que le fait par ailleurs l'invention "directe". La parole poétique est multiple, ce qui la construit pourtant est son unité souterraine. Étendue et profondeur. De l'une à l'autre, la poétique est d'enrobement et de dérobement, chez un auteur qui par ailleurs se révèle toujours précis et minutieux. La créolisation mène à d'autres dimensions, à d'autres espaces (l'espace du monde), et ne se suffit pas à elle-même.»      

Édouard Glissant.