Eloges
« Pour fêter
une enfance »
Et les servantes de ma mère, grandes filles
luisantes...
Et nos paupières fabuleuses... O
clartés ! ô faveurs !
Appelant toute chose, je récitai qu'elle était
grande, appelant toute bête, qu'elle était belle et bonne.
O mes plus grandes
fleurs voraces, parmi la feuille rouge, à dévorer
tous mes plus beaux
insectes verts ! Les bouquets au jardin sentaient le
cimetière de famille. Et une très petite sœur était morte : j'avais eu, qui
sent bon, son cercueil d'acajou entre les glaces de trois chambres. Et il ne
fallait pas tuer l'oiseau mouche d'un caillou... Mais la terre se courbait dans
nos jeux comme fait la servante,
celle qui a droit à une chaise si l'on se tient dans
la maison.
... Végétales ferveurs, ô clartés ô faveurs !...
Et puis ces mouches, cette sorte de mouches, vers le
dernier étage du jardin, qui étaient comme si la lumière eût chanté !
... Je me souviens du sel, je me souviens du sel que
la nourrice jaune dut essuyer à l'angle de mes yeux.
Le sorcier noir sentenciait à l'office : "Le
monde est comme une pirogue, qui, tournant et tournant, ne sait plus si le vent
voulait rire ou pleurer..."
Et aussitôt mes yeux tâchaient à peindre
un monde balancé entre les eaux brillantes,
connaissaient le mât lisse des fûts, la hune sous les feuilles, et les guis et
les vergues, les haubans de liane,
où trop longues, les fleurs
s'achevaient en des cris de perruches.