Eloges
« Pour fêter
une enfance »
Et tout n'était
que règnes et confins de lueurs. Et les troupeaux montaient, les vaches
sentaient le sirop-de-batterie... Croissent mes membres
et pèsent, nourris d'âge ! Je me souviens des pleurs
d'un jour trop beau dans trop d'effroi, dans trop d'effroi ! ... du ciel blanc,
ô silence ! qui flamba comme un regard de fièvre... Je pleure, comme je
pleure, au creux de vieilles douces mains...
Oh ! c'est un pur sanglot, qui ne veut être secouru,
oh ! ce n'est que cela, et qui déjà berce mon front comme une grosse étoile du
matin.
... Que ta mère, était belle, était pâle
lorsque si grande et lasse, à se pencher,
elle assurait ton lourd chapeau de paille ou de
soleil, coiffé d'une double feuille de siguine,
et que, perçant un rêve aux ombres dévoué, l'éclat
des mousselines
inondait ton sommeil !
... Ma bonne était métisse et sentait le ricin ;
toujours j'ai vu qu'il y avait les perles d'une sueur brillante sur son front,
à l'entour de ses yeux - et si tiède, sa bouche avait le goût des pommes-rose,
dans la rivière, avant midi.
... Mais de l'aïeule jaunissante
et qui si bien savait soigner la piqûre des
moustiques, je dirai qu'on est belle, quand on a des bas blancs, et que s'en
vient, par la persienne, la sage fleur de feu vers vos longues paupières
d'ivoire.
... Et je n'ai pas connu toutes Leurs voix, et je
n'ai pas connu toutes les femmes, tous les hommes qui servaient dans la haute
demeure
de bois ; mais pour longtemps encore j'ai mémoire
des faces insonores, couleur de papaye et d'ennui,
qui s'arrêtaient derrière nos chaises comme des astres morts.