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Document
sonore : Saint-John Perse reçoit d’André Malraux le Grand Prix
national des Lettres en 1959. Pour lui, la poésie est
« sœur de
l’action et mère de toute création ».
L’œuvre poétique :
Parcours ![]()
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Couronné en 1960 par l'attribution du Prix Nobel de Littérature,
Saint-John Perse dit un jour son attachement à
"l'exigence, en art d'une œuvre réelle et pleine, qui ne craigne pas la
notion d' "œuvre", et d’œuvre "œuvrée", dans sa totalité
[...]" (Discours de Florence, O.C.,
p. 453 - Ecoutez le début du Discours sur la page biographique du "Grand
âge"). C'est peut-être par ce volontaire pléonasme que l'on
peut sans doute saisir l'une des caractéristiques essentielles de la poésie de Saint-John Perse, qui peut aussi expliquer sa réputation
d'hermétisme.
Cette oeuvre si admirée, à la fois minutieuse dans son expression et épique dans le souffle qui
l'anime, se veut être avant tout une entité vivante, un tout irréductible où
les recueils successifs se répondent les uns les autres, dessinant les contours
d'un univers plein et cohérent. Goûter l’œuvre de Perse, c'est donc entrer dans
cet univers soigneusement construit, habité par ses rites propres, ses scènes primales,
ses fêtes et ses désastres, ses lignes d'évolution.
C'est également se plier, d'Eloges à Chronique,
à un style propre, reconnaissable entre tous, hiératique et déclamatoire,
menant le lecteur aux confins d'une aventure
spirituelle enthousiasmante, mais exigeant de lui une attention
soutenue face à la richesse d'une langue où rien n'est laissé au hasard, une
langue gouvernée par un continuel souci de précision.
Poésie du lien de l'homme avec le cosmos, poésie dédiée à
la plénitude de l'existence, l’œuvre de Saint-John
Perse charrie en elle "le monde entier des choses" (Vents, I,
1, O.C., p. 179) en une vaste fresque épique.
L'ébranlement des grandes forces primaires du monde, théâtre des destinées
humaines et de la marche des civilisations, s'allie parfois à des accents plus
intimistes. Si la puissance reste le maître-mot de
l’œuvre, la palette des nuances employées par le poète pour sonder l'âme
humaine n'en est pas moins subtile.
A la lancinante réputation d'obscurité opposée à sa poésie
et plus généralement à la poésie moderne, Saint-John
Perse avait coutume d'arguer que la fonction même de la poésie fut toujours
d'explorer l'obscurité elle-même, que ce fût celle du monde ou celle de
l'existence humaine. Il demeura en revanche farouchement attaché au devoir de
clarté de l'expression poétique, face à cette exploration ténébreuse.
C'est dire que la difficulté qui lui est reprochée est
surtout due à l'usage fréquent de lexiques spécialisés, choisis non pas par
goût d'une érudition gratuite, mais surtout par devoir d'exactitude dans la
nomination du monde et de son foisonnement. Du reste, ce recours n'entrave
jamais la compréhension globale du sens profond, et si parfois cette poésie ne
se livre pas d'elle-même de prime abord, le lecteur attentif aura à cœur de
découvrir chemin faisant l'inépuisable subtilité lexicale que renferme cet
univers, par le truchement de jeux langagiers dont était friand ce fin gourmet de
mots que fut Saint-John Perse.
Même si beaucoup ont voulu l'associer à la veine
surréaliste, après qu'André Breton crut voir en lui un "surréaliste à
distance", Saint-John Perse n'est en fin de
compte réductible à aucun courant littéraire, aucune des nombreuses chapelles
qui font la poésie française du XXe siècle - c'est
dire que sa position dans le cadre de la modernité
poétique est très originale. A l'instar de René Char ou de Jules
Supervielle, son oeuvre transcende à coup sûr les appartenances étroites, ne se
réclamant que de son esthétique propre, cette manière élaborée sous bien des
inspirations et à l'écoute de bien des influences, mais débouchant sur une
originalité si marquée.
Dans l'histoire du poème en prose, Saint-John
Perse serait à placer du côté des chercheurs d'un ordre esthétique porteur et
cohérent, plutôt que du côté des chantres nombreux de l'anarchie formelle. Si
l'on devait définir la place de Perse au sein de la constante tension entre
destruction et construction qui irrigue tant l'histoire de la poésie moderne,
ce serait certainement l'idée de la recherche d'une discipline qui aiderait le
mieux à cerner son tribut propre, loin de toute tendance archaïsante, mais
contre toute visée destructrice.
Pour l'heure, seuls quelques recueils sont présentés ici
(Eloges, Vents, Chronique, Amers, Oiseaux).
Cette présentation sera complétée "dans un avenir proche", de celles
des autres recueils : la rubrique sera ainsi progressivement achevée.
Cliquez sur l’icône et écoutez des lectures de textes de Saint-John Perse par de grandes voix (fichiers MP3) ;
expérience d'une présence auditive du verbe poétique, d'une incarnation du
texte...
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