... et en-deça de la

« lampe d'argile »

 

 

 

 

Certains seront surpris de trouver ici, au seuil de ce site, en guise de préambule, les considérations qui vont suivre... Mais il m'est apparu indispensable de les préciser néanmoins, pour ne nourrir aucun quiproquos : ce site ne se veut aucunement un gadget, comme il en abonde hélas sur l'Internet littéraire...  Tout d'abord, à quoi bon un site sur Saint-John Perse ? Comme je l'ai précisé sur la page d'accueil, la raison d'être essentielle en est double : favoriser si possible la connaissance de Saint-John Perse auprès de ceux qui n'en ont qu'une vague idée, et susciter une diffusion de la recherche critique autour de l'œuvre...

 

 

Il ne s'agit pas de l'instrument d'un fétichisme quelconque, c'est la raison pour laquelle le ton que l'on y trouvera ne sera pas celui de l'hagiographie forcenée ; il n'est pas question de constituer ici un fan club de Saint-John Perse...  Mais il n'est surtout pas question de laisser supposer tacitement que ce type de site pourrait constituer une approche satisfaisante de ce que je considère pour ma part comme un mystère, celui de la création d'une grande oeuvre de l'esprit.

 

 Je serais à vrai dire bien en mal de dissimuler ma profonde admiration pour cette oeuvre, dans l'humble fréquentation de laquelle je me suis engagé depuis quelques années. C'est ce respect et cette humilité devant une grandeur irréductible à toute simplification, à tout discours d'ailleurs, qui peuvent je crois légitimer ma réticence à présenter ce site comme une lecture "clé en main" de la poésie de Perse. C'est encore la volonté de ne pas verser dans cette muflerie d'un genre nouveau qui suppose de manière tacite que la connaissance des oeuvres pourrait se satisfaire des synthèses, surtout quand elles empruntent les voies les plus chatoyantes de la modernité... Saint-John Perse sur le web ? La chose peut sembler dérisoire et elle l'est en effet, comme toutes les béquilles et les présomptions de connaissances... Mais après tout, pourquoi pas ? Du moment que l'essentiel n'est pas occulté, rien ne remplacera jamais ce dialogue singulier entre un lecteur et un livre, qui est en lui-même le plus puissant outil "multimédia" qui ait jamais été inventé : lisez ou relisez Saint-John Perse, dans les méandres de la Pléiade ou dans tout autre édition, et c'est un univers tout entier qui s'ouvrira à vous, royaume visuel, auditif, tactile, olfactif et gustatif... Tentez, osez la "réelle présence" au sens où l'entend Georges Steiner, d'une oeuvre grande et forte, parmi les plus précieux témoignages vivants de la littérature... Si au moins l'entrée en matière que propose ce site vous y aura encouragé, il n'aura pas été tout à fait inutile...

 

Pour conclure son discours de réception du Prix Nobel, Saint-John Perse usa d'une de ces images inoubliables qui lui sont propres : "Face à l’énergie nucléaire, la lampe d’argile du poète suffira-t-elle à son propos ? – Oui, si d’argile se souvient l’homme".

 

 

C'est souhaiter une permanence, ce n'est pas redouter l'évolution ni le mouvement des mentalités ni des technologies. Mais c'est surtout faire le vœu, mieux, le pari d'une unité primordiale, d'un humanisme exigeant qui permette encore l'accueil, le secours et la médiation de cette étincelle poétique dans le "silex humain"... Qu'ici, du moins, on en entende le crépitement, fût-il numérique...