Eléments pour une « poétique » des
manuscrits de Saint-John
Perse
Esa
Christine Hartmann
Après le vif succès remporté
par la mise en ligne de la thèse de Christian Rivoire,
sjperse.org est enchanté de pouvoir rééditer la formule, en vous
proposant l’intégralité de la thèse soutenue par Esa Christine Hartmann le 14
juin 2002 à l’Université de Montpellier III, sous la direction de Renée Ventresque (Jury : Renée Ventresque,
Joëlle Gardes Tamine, Colette Camelin, Catherine Mayaux). Le site peut ainsi vous donner libre accès à l’une
des thèses les plus essentielles soutenues en France lors de ces dernières
années à propos de l’œuvre de Perse, et poursuivre de cette façon la
constitution d’un ensemble d’outils de recherche en ligne mis à disposition de
tous.
La réflexion menée par Esa
C. Hartmann, qui enseigne aujourd’hui à l’Université de Caroline du Nord,
s’inscrit dans la lignée des travaux menés par Albert Henry autour de la genèse
de l’œuvre de Perse, à partir de l’étude des manuscrits – conservés à la
Fondation Saint-John Perse d’Aix-en-Provence. Depuis
la vogue connue au cours de ces dernières années par la critique dite
« génétique » (le néologisme peut sembler malheureux, tant il est
vrai que c’est la genèse de l’œuvre qui est prise en compte : il
serait plus juste de parler de critique « génésique », mais passons),
certains travaux se sont appuyés sur l’approche qui fut celle d’Albert Henry,
sans pour autant réévaluer en une synthèse d’ensemble, les enseignements à
tirer d’un examen approfondi du processus de création tel qu’il se dessine à
travers un travail manuscrit minutieux et patient. Pourtant, les observations
d’Albert Henry appelaient en eux-mêmes une telle réévaluation, le philologue
belge ayant surtout fixé au début des années quatre-vingts au gré de ses
éditions critiques, des repères sur lesquels se fonder. Le travail est, il est
vrai, plus exigeant à mener que bien des gloses généralisatrices : c’est à
la loupe, armé d’une patience souvent éprouvée que doit nécessairement procéder
celui ou celle qui désire s’aventurer dans les méandres de l’œuvre manuscrite
persienne et avant d’en tirer d’éventuelles conclusions et peut-être
d’infléchir les hypothèses de départ, la route est sinueuse, de ce parcours
attentif. C’est d’une certaine manière une méthodologie et, n’ayons pas peur
des mots, une certaine éthique de la recherche qui se trouve alors
réaffirmée : pour une œuvre comme celle de Perse, où la subtilité des
conceptions, la finesse des procédés de création sont si étendues, il est utile
et prudent de se méfier de bien des généralités, des affirmations péremptoires,
et de mettre les analyses à l’épreuve d’observations précises (celles-là mêmes
qui se dégagent de la lecture d’un manuscrit par exemple) ; ce qui en
ressort est par ailleurs susceptible de soustraire le geste herméneutique des
imprécisions d’une « subjectivité omnisciente » (comme le reconnaît
Esa C. Hartmann, dans son article du colloque en ligne sur le site).
Pour cette investigation
exigeante, il fallait déjà partir d’une remise à plat de nos connaissances –
celles qui ont été acquises à propos de ce monde des manuscrits –, mais
certainement aussi, se déprendre des fausses évidences, dans l’optique d’une
réévaluation effectuée à la lumière des mutations philologiques intervenues
dans l’appréhension de l’œuvre. On savait les hésitations, les modalités
de « choix » qui ressortaient du travail patient à partir de
« palettes » de mots. On savait l’éclosion finale, au prix d’un parti-pris de précision dans le rapport à la langue, de
cette « syntaxe de l’éclair » que Perse voulait à l’œuvre dans le
poème, et dont ses manuscrits illustraient le souci impérieux. Mais ce que les
analyses de Hartmann permettent d’ajouter de manière décisive à cet ensemble de
modalités créatrices, c’est le rôle joué par la temporalité même d’un processus
d’écriture où se lisent les tensions, les conflits et finalement la
souveraineté d’une poétique de la maîtrise du monde, d’un effort de lucidité et
d’élucidation du réel. Les mécanismes latents d’abord puis agissants par la
suite, d’auto-censure, d’élagage du propos ou au
contraire, d’amplification soudaine du verbe, ainsi que les raisons de ces
mutations qu’il est possible de déterminer, sont autant de traits saillants qui
émergent de cette réévaluation « génétique ». Toujours, en sort grandie
cette réalité profondément « artisanale » de la fabrique du poème persien (loin de cette image de l’inspiration abondante
longtemps véhiculée), de cette vie qui précède et nourrit les choix d’écriture
(vie organique ou plongée livresque), mais aussi, le rapport subtil aux
ressources magiques inscrites dans les mots, poussières de mondes.
Tout ceci est rendu possible
grâce à une démarche d’analyse absente d’a priori, mais surtout, d’un
propos qui ne perd jamais la trace du souffle poétique lui-même – celui qui a
présidé à cette lente rumination que dévoilent les manuscrits. Le geste
critique de Esa Christine Hartmann est généreux et jamais desséché, toujours en
proie à cette secrète admiration que l’on sent poindre ici et là, pour la
puissance créatrice d’un esprit en constante ébullition poétique et
trouvant sa matière dans les sources les plus inattendues du réel.
« Génétique » est la méthode, certes, mais sensible et humble est la
démarche de fond, animée par un lien profond à cette œuvre. Rigueur des
apports, attention soutenue au souffle poétique : l’esprit et la
sensibilité des lecteurs sont satisfaits d’un même mouvement de ferveur, au
sein de cette thèse qui fera date à n’en pas douter dans les études persiennes.
Comme pour la thèse de
Christian Rivoire, celle de Esa C. Hartmann vous est
proposée ici au format PDF, en deux fichiers distincts (Tome 1, puis Tome 2),
que vous pourrez télécharger au bas de cette page, après le résumé de la
thèse.
Loïc Céry
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Résumé
En découvrant les manuscrits d'un écrivain, de nombreux secrets peuvent se révéler, secrets qu'une lecture, si attentive soit-elle, de l'œuvre publiée ne lèverait jamais. « Éléments pour une "poétique" des manuscrits de Saint-John Perse » – comme le dévoile son intitulé, cette thèse de doctorat souhaite donner lieu à une nouvelle lecture des œuvres de Saint-John Perse, à partir de l'étude génétique de ses manuscrits, où se révèlent le processus de création et le travail herméneutique du poète. À la fois résultat d'une activité d'écriture et miroir d'un geste créateur, la page de manuscrit s'inscrit dans le temps de la création et incarne la durée vivante de l'activité scripturale, dont elle révèle le rythme et la trace. La présente étude se propose d'approcher le mystère que constitue le processus intellectuel et esthétique de la création littéraire, de confronter l'activité d'écriture avec la présence d'une œuvre, afin de la rendre aux virtualités dont elle est née, et qui l'ont portée jusqu'au moment insaisissable mais décisif de son achèvement.
À travers l'analyse des manuscrits persiens, l'auteur de ce travail tente de définir les caractéristiques de l'écriture naissante sur le manuscrit, ainsi que la particularité de la démarche créatrice persienne dans ses aspects les plus variés. L'analyse génétique mettant en lumière la trajectoire dynamique du geste créateur, l'étude des variantes, des réécritures et des palettes a pour objet la connaissance du fonctionnement sémantique et stylistique du texte poétique persien, et de l'écriture en acte sur le brouillon. Intégrant la perspective herméneutique à l'intérieur du processus de création, toute tentative créatrice produit une poétique et une éthique. « Art poétique » en filigrane, le manuscrit devient ainsi le lieu où se met en scène le chemin sinueux de la gestation de l'œuvre, la poétique persienne et ses principes esthétiques.
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Thèse intégrale : cliquez ici
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Tome1 Tome 2
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