Saint-John Perse :

  Atlantique et Méditerranée 

 

    Colloque international – Tunis, 15-16 avril 2004

 

 

 

« Une autre mer au loin s’élève » : Parfums,

paysages et poétiques méditerranéens dans

l’œuvre de Saint-John Perse

 

 

Esa Christine Hartmann

Université de Caroline du Nord

 

 

RÉSUMÉ

  

« Nul ne m’enseignera jamais à tirer le trait rouge entre ces deux postes d’un même compte : terre et mer. Une même houle – terre et mer – s’enroule encore au songe de mes nuits. Et de cette mer intérieure elle-même qui m’habite, que faut-il faire ? Lui tordre le cou, comme à l’"éloquence", ou lui céder, comme au destin ? » (Lettre à Mina Curtiss, 9 septembre 1958).

 

« "Genévriers de Phénicie", plus crêpelés que têtes de Maures ou de Nubiennes, et vous, grands Ifs incorruptibles, gardiens de places fortes et d’îles cimentées pour prisonniers d’Etat masqués de fer, serez-vous seuls, tout ce temps-là, à consumer ici le sel noir de la terre ? Plantes à griffes et ronciers regagnent les garrigues ; le ciste et le nerprun sont pèlerins du maquis… » (Sécheresse)

 

De nombreuses lectures critiques, parmi elles la fameuse étude de Renée Ventresque, Les Antilles de Saint-John Perse : L’itinéraire intellectuel du poète, ont déjà mis l’accent sur l’importance de cette image matricielle qu’incarne le paysage océanique au sein de l’œuvre persienne, image omniprésente engendrée par le souvenir fécond d’une enfance paradisiaque autant que poétique passée aux Antilles. Ce parcours métaphorique, existentiel, affectif et intellectuel, miroir du destin de cet « homme d’atlantique » revendiquant une ascendance celtique, nous conduit d’Eloges à Amers, qui en représente la plus célèbre, la plus grandiose illustration. Qui plus est, pour approfondir cette omniprésence océanique et selon une secrète analogie géologique, l’horizon illimité de l’Atlantique se retrouve aussi dans des paysages bien moins maritimes, mais hantés par le même songe d’infini : les steppes sans fin d’Asie centrale, lieu des conquêtes guerrières d’Anabase, la pureté immaculée des vastes plaines enneigées du poème Neiges, le silence des sables ondoyants de la plage d’Exil, contrée nulle et vide, le panorama interminable des hauts plateaux d’Arizona, balayés par le souffle violent et salutaire de Vents. Le dynamisme ondoyant et cyclique des vagues atlantiques, métaphore centrale du mythe créateur persien, se révèle ainsi au cœur de l’imagination créatrice persienne, de son expérience poétique et existentielle.

   Et pourtant, à partir de Chronique, premier poème du cycle provençal, « une autre mer au loin s’élève » : la Méditerranée, univers infiniment contrasté et fascinant, entourant le poète dans son domaine sur la presqu’île de Giens, au cœur de la Camargue avec ses « rives mortes des rizières » et « le sel rose des salines » qui « annoncera les rouges fins d’empires » (Sécheresse), reflétant la fierté et le « chagrin des Maures » (Chronique, chant VII). Prodigieuse scène du spectacle de l’humanité, cette terre méditerranéenne, « avide et mordante », terre de feu et de lumière, de fièvre et de sécheresse étincelante, « terre de Seth » où « l’amour remonte vers ses sources » (Chant pour un équinoxe), symbolise pour Saint-John Perse le berceau des civilisations, l’origine des origines baignée par les « eaux mères » – « Terre prodigue encore à l’homme jusqu’en ses sources sous-marines honorées des Césars » (Sécheresse), lieu mythique, lieu historique, lieu d’aventures et d’errances, où flotte encore l’ombre du « corsaire » (Chronique, chant V) et le parfum des « thyms » et des « genévriers », souvenir insaisissable et érotique du Cantique des Cantiques.

L’haleine incandescente de la Méditerranée imprègne les poèmes du cycle provençal d’un rythme particulier, d’une tonalité nouvelle modulant tour à tour sécheresse et plénitude, sévérité et sensualité, ardeur et lucidité. Quelle est la fonction, poïétique et ontologique, de cette « mer intérieure » au sein des poèmes de Saint-John Perse, et de leur conception esthétique ? Quelle sa position, créatrice et idéologique, par rapport à cet « autre versant » atlantique du poète ? S’agit-il d’une confrontation de deux univers inconciliables, de deux héritages antagonistes, celtique et latin, de deux idéologies créatrices, de deux poétiques ? Ou d’une alliance au sein d’une seule mer, d’une seule « outre-mer » ?

 

 

 

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Esa Christine Hartmann, qui enseigne à l’Université de Caroline du Nord, a soutenu sa thèse de Doctorat sous la direction de Renée Ventresque, en 2002 : Eléments pour une « poétique » des manuscrits de Saint-John Perse (Montpellier III) – thèse qui sera bientôt disponible dans son intégralité sur le site (vous cliquerez sur le lien pour y accéder). 

 

 

 

Bibliographie persienne

 

2000 – « Histoire d’une traduction », Souffle de Perse, N° 9, janvier 2000, p. 11-27

 

2002 – « Mort et renaissance de la parole poétique dans le poème “Neiges” », Souffle de Perse, N° 10, novembre 2002, p. 45-58.

 

2003 – Esa Christine Hartmann, « Pour une poétique vivante : genre et création chez Saint-John Perse », in Question de genre, textes présentés par Catherine Soulier et Renée Ventresque, Publication de l'Université Montpellier III, 2003, p.57-82.

 

2003 –  « Vers un renouveau philologique : Saint-John Perse et la critique génétique », Saint-John Perse, myhtes et présences, Colloque en ligne – Site Internet « Saint-John Perse, le poète aux masques » (www.sjperse.org) / La nouvelle anabase, revue d’études persiennes (à paraître, 2004).