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L'oeuvre poétique de Saint-John Perse : une lecture
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Cliquez : vous accéderez à un parcours de l'œuvre de
Saint-John Perse, agrémenté de nombreux extraits des textes. Cette
appréhension est une proposition de lecture toute personnelle. Je vous soumets
là seulement quelques repères de lecture : la poésie est avant tout
affaire d'immersion personnelle dans un univers sensible qui a sa
cohérence propre – c'est pourquoi il n'est pas inutile d'en connaître les
lignes de force (cliquez à droite : analyse thématique –
rubrique à venir, mise en ligne fin avril 2006).
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1960 : le
couronnement du Prix Nobel de Littérature
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En
1960, Saint-John Perse se voit décerner le Prix Nobel de Littérature
pour l'ensemble de son oeuvre, « pour l'envolée altière et la
richesse imaginative de sa création poétique qui donne un reflet
visionnaire de l'heure présente », selon les termes de l'Académie
suédoise. Dans son discours de remise du Prix au lauréat, le
Secrétaire perpétuel de l'Académie, le poète Anders Osterling,
distingue dans la poésie de Perse « un message universel »
perpétuant « une grandiose tradition de l'art poétique
français ».
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L'honneur de la poésie
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« Fierté de l'homme en marche sous sa
charge d'éternité ! Fierté de l'homme en marche sous son fardeau
d'humanité, quand pour lui s'ouvre un humanisme nouveau, d'universalité
réelle et d'intégralité psychique... Fidèle à son office, qui est
l'approfondissement même du mystère de l'homme, la poésie moderne
s'engage dans une entreprise dont la poursuite intéresse la pleine
intégration de l'homme. (...)
"Ne crains pas", dit l'Histoire, levant un jour son masque
de violence - et de sa main levée elle fait ce geste concilant de la
Divinité asiatique au plus fort de sa danse destructrice. "Ne
crains pas, ni ne doute - car le doute est stérile et la crainte est
servile. Ecoute plutôt ce battement rythmique que ma main haute
imprime, novatrice, à la grande phrase humaine en voie toujours de
création. Il n'est pas vrai que la vie puisse se renier elle-même.
Iln'est rien de vivant qui de néant
procède, ni de néant s'éprenne. Mais rien non plus ne garde forme ni
mesure, sous l'incessant afflux de l'Etre. La tragédie n'est pas dans
la métamorphose elle-même. Le vrai drame du siècle est dans l'écart
qu'on laisse croître entre l'homme temporel et l'homme intemporel.
L'homme éclairé sur un versant va-t-il s'obscurcir sur l'autre ? Et
sa maturation forcée, dans une communauté sans communion, ne
sera-t-elle que fausse maturité ?...
Au poète indivis d'attester parmi nous la double vocation de l'homme.
(...) Et c'est assez, pour le poète, d'être la mauvaise conscience de
son temps. »
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La
Pléiade, monument littéraire
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Si René Char a bel et bien
supervisé l'édition de son œuvre poétique dans la Pléiade, Saint-John
Perse a quant à lui entièrement pris en charge le volume de ses Œuvres
complètes dans la prestigieuse collection des éditions Gallimard,
paru en 1972. Le cas est donc unique, et correspond bien au
tempérament de Perse, qui a toujours voulu tout contrôler et tout
régenter soigneusement à propos de son oeuvre.
Cette élaboration ô combien minutieuse aura finalement été la
dernière grande oeuvre du poète, sorte de testament poétique adressé aux
lecteurs futurs.
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Le volume des Œuvres
complètes de Saint-John Perse dans la Pléiade : une œuvre totale.
Perse s'est arrimé pendant les dix dernières années de sa vie à
l'édification de cette œuvre en soi et, fait important, de réécriture
d'une grande partie de sa correspondance. La « Biographie »
par laquelle s'ouvre l'ouvrage a elle aussi été entièrement rédigée
par Saint-John Perse, à la troisième personne. Certains ont vu dans
cette opération une vaste mystification, qui demeure l'écrin
intimidant et mystérieux de l'œuvre
poétique. C’est dire aussi que la poésie est affaire de
rituel, que de lui conférer la solennité d’un protocole appelant le
Livre total dont avait rêvé Mallarmé.
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Un univers de force et d’ardeur
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La poésie à l'honneur
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« J'ai
accepté pour la poésie l'hommage qui lui est ici rendu, et que j'ai
hâte de lui restituer.
La poésie n'est pas souvent à l'honneur. C'est que la dissociation
semble s'accroître entre l'oeuvre poétique et l'activité d'une
société soumise aux servitudes matérielles. Ecart accepté, non
recherché par le poète, et qui serait le même pour le savant sans les
applications pratiques de la science.
Mais du savant comme du poète, c'est la pensée désintéressée que l'on
entend honorer ici. Qu'ici du moins ils ne soient plus considérés
comme des frères ennemis. Car l'interogation est la même qu'ils
tiennent sur un même abîme, et seuls leurs modes
d'investigation diffèrent. »
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