Les reflets du miroir déformant (en guise d'introduction)
De manière générale, il est toujours intéressant, que se soit pour en être simplement lucide, ou même dans une perspective de sociologie de la littérature, de s'intéresser à l'approche des grand écrivains par les médias de masse : c'est souvent par ce biais qu'il est possible de jauger l'image provenant de l'opinion générale qui s'attache à tel ou tel écrivain. Une image souvent persistante, ancienne et têtue, en dépit des discours nuancés de la critique, de l'historiographie, ou de toute autre discipline savante : c'est là le versant le plus trivial de la réception de la littérature, en vertu duquel l'image accolée au nom d'un écrivain compte même davantage que la simple volonté d'en savoir plus à son sujet. Sartre, Bourdieu ou Kundera ont en leur temps analysé ce maelström fait à la fois de préjugés, de raccourcis, de confusions, d'amplifications, en somme, tout ce qui, peu à peu, construit une légende bien difficile à dissiper et qui se confond insidieusement avec le nom même d'un écrivain. Dans une sorte de psychologie collective, la mémoire de la littérature est faite avant tout, que l'on s'en défende ou pas, de ces extrapolations légendaires dont il est toujours étonnant de constater la permanence et même, la faculté à se régénérer elles-mêmes, en fonction des codes eux-mêmes changeants des époques : moyennant l'adaptation au goût du jour ou même à la faveur de certains infléchissements, l'image ainsi tôt conçue et forgeant l' "opinion commune" se transmet au fil du temps, court-circuitant toute analyse, déjouant toute philologie, excédant toute lecture exigeante ou toute lecture en général d'ailleurs.