Le verbe et l'incarnation
La poésie est affaire d’immersion dans le verbe, d’une immersion charnelle, vécue et ressentie, où la parole écrite appelle la parole parlée, l’incarnation par la voix à travers laquelle naguère la poésie lyrique trouvait son vrai champ d’expression. Aux yeux de Saint-John Perse, ce passage par la voix représente un risque, celui de perdre l’intériorisation de l’imaginaire poétique, et sa méfiance fut réelle à l’égard de ces exercices de lectures auxquels pourtant tant d’autres poètes consentent volontiers. Et face à certaines réussites de lectures de la poésie de Perse, on est en droit de prendre ses distances avec ces réserves-là. Certes, il est vrai que cette langue si particulière, cette syntaxe si spécifique, ce souffle si exigeant rendent peut-être plus difficile la lecture des textes de Perse que dans d’autres cas. Mais c’est la réussite même de certaines lectures qui peut emporter l’adhésion : exercices d’orfèvrerie s’il en est, quand on connaît les subtilités rythmiques et syntaxiques propres à la langue de Perse. Voici en tout cas quelques exemples à mon sens brillants de cet exercice-là : une sélection, qui reflète bien la diversité des approches du texte tel que ces grandes voix nous le transmettent, des lectures d’extraits des œuvres par des comédiens illustres qui ont su se hisser au niveau d’intensité de ce verbe incandescent entre tous et mettre leur talent au service d’une poésie réputée justement pour sa difficulté. A vous de juger et d’apprécier la vigueur des incarnations proposées ici. Cliquez sur les photos pour accéder aux rubriques