Après les lectures textualistes des années soixante-dix influencées par le structuralisme, la critique emprunte la voie d'un vaste réexamen de l'œuvre et de sa genèse, sur le modèle des études édifiées par Roger Little. L'indispensable, essentielle monographie de Mireille Sacotte, Alexis Leger / Saint-John Perse parue chez Belfond en 1991 et rééditée chez L'Harmattan en 1998, ainsi que les travaux d'Henriette Levillain (notamment Le rituel poétique de Saint-John Perse) donnent le "la" de ce renouveau au gré duquel est dépassé l'écran de la dévotion et dans le sillage duquel bien des légendes s'estompent. Le texte se trouve alors éclairé dans un équilibre et une précision du commentaire. C'est alors que se fait jour cette "Stratégie de la seiche" pistée par Joëlle Gardes-Tamine, qui édite dans les Cahiers Saint-John Perse éditées par Gallimard la correspondance inédite à partir du numéro 10 de la série.
Dans le numéro 12 (Les Lettres d'Asie de Saint-John Perse. Les récrits d'un poète, 1994), Catherine Mayaux livre les tours et détours par lesquels est passé Saint-John Perse pour réécrire une bonne partie de sa correspondance éditée dans le volume de la Pléiade. Les clés biographiques du "Poème à l'Etrangère" sont livrées dans une publication de Gallimard en 1987, les Lettres à l'Etrangère. L'époque est donc aux éclaircissements décisifs, certains diront à la démystification, mais ce moment des études persiennes ne tombe pourtant pas dans les facilités d'une posture : l'œuvre du "poète aux masques" se voit éclairée d'une lumière plus sûre, au gré des travaux décisifs de toute une nouvelle génération de critiques : Mireille Sacotte, Henriette Levillain, Colette Camelin, Joëlle Gardes-Tamine, Renée Ventresque, Michèle Aquien, Catherine Mayaux entre autres.
L'un des récents développements de cette longue marche de la critique persienne est on ne peut plus décisif, et marque comme un aboutissement : Saint-John Perse sans masque est un peu cette réelle édition critique qui faisait défaut jusqu'alors à l'appréhension de l'oeuvre. Il était temps en effet que le paradoxe de fond qui entravait cette appréhension fût enfin résolu : alors que les acquis engrangés par les progrès philologiques de ces dernières années avaient profondément contribué à estomper l'écran de légende édifié de son vivant par Perse (ou du moins, à l'expliquer), l'édition de référence de la Pléiade demeurait encore le légendaire horizon indépassable de la lecture du poète. En remettant en perspective la portée d'"oeuvre totale" de ce volume de la Pléiade, en fournissant aux lecteurs un réel instrument de connaissance qui ne confonde pas lucidité et ferveur, cette édition critique est désormais le passage le plus conseillé pour qui veut entrer en intelligence avec une œuvre savamment "gouvernée", selon l'expression de Paulhan. Voici l'oeuvre de Perse enfin restituée à ce "suffisant lecteur" dont parlait Montaigne...