La critique
 
 Accueil 
 Plan du site 
 L'homme 
 L'oeuvre 
 La critique 
 La recherche 
 Actualités 
 Bibliographie 
 Liens 
 
 
Petite histoire des regards critiques et exégèses


Roger Caillois, le fondateur
C'est un regard ouvertement laudateur, voire volontiers admiratif et hagiographique que dessine la première génération de la critique persienne, inaugurée par Roger Caillois en 1954 avec sa Poétique de Saint-John Perse, dans laquelle il dresse une étude exigeante de l'univers langagier du poète. Editeur de certains textes de Perse, échangeant avec lui une abondante et très fervente correspondance (éditée dans les Cahiers Saint-John Perse N° 13), Caillois se reconnaît dans la hauteur de ton de cette poésie de la grandeur autant que de l'infime, et dans l'indépendance dont témoigna le poète vis-à-vis des écoles littéraires, et notamment par rapport au surréalisme. La Poétique de Saint-John Perse, rééditée par Gallimard en 1972, demeure une référence pour qui veut pénétrer dans l'univers de Saint-John Perse par la grande porte, celle de la langue.





Jean Paulhan, le passeur
L'autre grand nom de cette si prestigieuse première ère de la critique persienne est celui de Jean Paulhan, directeur de la NRF de 1925 à 1940, "pape" des Lettres françaises. En 1962, Paulhan tente dans ses Enigmes de Perse, de baliser l'oeuvre des repères génériques d'une quête de l'unité du discours poétique et d'entrer en intelligence avec le texte. Plus qu'une simple étude, il établit là des paramètres d'évaluation de la position de Saint-John Perse dans la modernité poétique, recherchant toujours ces fameuses "clefs de la poésie" qui fondent sa fascination de lecteur et de critique.





Après les lectures textualistes des années soixante-dix influencées par le structuralisme, la critique emprunte la voie d'un vaste réexamen de l'oeuvre et de sa genèse. La monographie de Mireille Sacotte, Alexis Leger / Saint-John Perse parue chez Belfond en 1991 et rééditée chez L'Harmattan en 1998, donne le "la" de ce renouveau au gré duquel est dépassé l'écran de la dévotion et dans le sillage duquel bien des légendes s'estompent. C'est alors que se fait jour cette Stratégie de la seiche pistée par Joëlle Gardes-Tamine, qui édite dans les Cahiers Saint-John Perse la correspondance inédite à partir du numéro 10 de la série. Dans le numéro 12 (Les Lettres d'Asie de Saint-John Perse. Les récrits d'un poète, 1994), Catherine Mayaux livre les tours et détours par lesquels est passé Saint-John Perse pour réécrire une bonne partie de sa correspondance éditée dans le volume de la Pléiade. Les clés biographiques du "Poème à l'Etrangère" sont livrées dans une publication de Gallimard en 1987, les Lettres à l'Etrangère. L'époque est donc aux éclaircissements décisifs, certains diront à la démystification, mais ce moment des études persiennes ne tombe pourtant pas dans les facilités d'une posture : l'oeuvre du "poète aux masques" se voit éclairée d'une lumière plus sûre.






Le plus récent développement de cette longue marche de la critique persienne (dont une sorte de bilan est apparu récemment avec le panorama bibliographique publié aux éditions Memini) est on ne peut plus décisif, et marque comme un substantiel aboutissement : Saint-John Perse sans masque, publié par Joëlle Gardes-Tamine, Colette Camelin, Catherine Mayaux et Renée Ventresque, est bien ce réel commentaire critique qui faisait défaut jusqu'alors à une juste appréhension de l'oeuvre. Il était temps en effet que le paradoxe de fond qui entravait cette appréhension fût enfin résolu : alors que les acquis engrangés par les progrès philologiques de ces dernières années avaient profondément contribué à estomper l'écran de légende édifié de son vivant par Perse (ou du moins, à l'expliquer), l'édition de référence de la Pléiade demeurait encore le légendaire horizon indépassable de la lecture du poète. En remettant en perspective la portée d'"oeuvre totale" de ce volume de la Pléiade, en fournissant aux lecteurs un réel instrument de connaissance qui ne confonde pas lucidité et ferveur, ce commentaire critique est désormais le passage le plus conseillé pour qui veut entrer en intelligence avec une oeuvre savamment "gouvernée", selon l'expression de Paulhan. Voici l'oeuvre de Perse enfin restituée à ce "suffisant lecteur" dont parlait Montaigne...




La vie de l'oeuvre

Si la richesse de la "vie" d'une oeuvre se vérifie par la densité de sa relecture, on pourrait à bon droit être rassuré dans le cas de Saint-John Perse, tant la bibliographie critique consacrée à son oeuvre n'a cessé, lors de ces dernières années, de s'enrichir de nouvelles importantes études. Le mouvement ne s'est donc pas interrompu, de cette réévaluation de la poésie de Perse. Une critique substantielle de l'oeuvre connaît ainsi un renouvellement certain, qu'il est nécessaire de saisir dans la souplesse de ses manifestations ; c'est pourquoi ce site rendra compte des parutions les plus récentes et de l'actualité de la recherche "persienne" en général...

Actualité éditoriale ou strictement universitaire, on trouvera ici une mise à jour des différents aspects de cette vie critique de l'oeuvre de Saint-John Perse, répertoriée dans les deux rubriques suivantes :





"Nos oeuvres vivent loin de nous dans leurs vergers d'éclairs. Et nous n'avons rang parmi les hommes de l'instant."