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Pour fêter une enfance

Lecture : Laurent Terzieff

Mireille Sacotte commente l’ordre du

monde tel qu’il apparaît dans Eloges.


  

Éloges, les chemins de la mémoire                                                               

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© 2014 Saint-John Perse, le poète aux masques (Sjperse.org / La nouvelle anabase). Site conçu, écrit et réalisé par Loïc Céry.

  

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Eloges reflète un monde où, on l'a beaucoup dit, règne l'ordre idéal de l'univers, qui est l'environnement même de l'enfance ; c'est aussi le constat de l'effondrement de cet ordre idéal du monde, auquel succède l'exil et la nécessité de recouvrer l'unité. « Sinon l'enfance, qu'y avait-il alors qu'il n'y a plus ? »

"Pour fêter une enfance" (extraits)



Alors on te baignait dans l’eau-de-feuilles-vertes ; et l’eau encore était du soleil vert ; et les servantes de ta mère, grandes filles luisantes, remuaient leurs jambes chaudes près de toi qui tremblais…

(Je parle d’une haute condition, alors, entre les robes, au règne de tournantes clartés.)


Palmes ! et la douceur

d’une vieillesse des racines… !


Et les servantes de ma mère, grandes filles luisantes… Et nos paupières fabuleuses… Ô

clartés ! ô faveurs !

Appelant toute chose, je récitai qu’elle était grande, appelant toute bête, qu’elle était belle et bonne.

Ô mes plus grandes

fleurs voraces, parmi la feuille rouge, à dévorer tous mes plus beaux

insectes verts ! Les bouquets au jardin sentaient le cimetière de famille. Et une très petite sœur était morte : j’avais eu, qui sent bon, son cercueil d’acajou entre les glaces des trois chambres. Et il ne fallait pas tuer l’oiseau-mouche d’un caillou…


On appelle. J’irai… Je parle dans l’estime.

– Sinon l’enfance, qu’y avait-il alors qu’il n’y a plus ?


Et aussitôt mes yeux tâchaient à peindre

 un monde balancé entre les eaux brillantes, connaissaient le mât lisse des fûts, la hune sous les feuilles, et les guis et les vergues, les haubans de liane,

 où trop longues, les fleurs

s’achevaient en des cris de perruches.



  

« Sinon l'enfance, qu'y avait-il alors qu'il n'y a plus ? »

Laurent Terzieff : Extraits de Pour fêter une enfance

Ci-contre, Alexis, près de la balançoire de Bois-Debout,en compagnie de sa mère et d’une tante

  

C’est cette même photo que contemple bien des années plus tard le poète en son « grand âge », à son bureau des Vigneaux, photographié par Gisèle Freund. La réminiscence, le souvenir, mais point de nostalgie…

  

C’est bien Alexis qui est au fond de cette vue de l'allée Clélie, sur l'une des Habitations de l'enfance guadeloupéenne, au centre de cette photo prise aux environs de 1895 ; l’enfant est accompagné d’un oncle, d’une tante, et de sa mère.

  

Bernanos dit un jour : « J’écris pour me justifier aux yeux de l’enfant que je fus ». Il ne faudrait pas se méprendre sur le regard porté par Saint-John Perse sur l’enfance : point de nostalgie dans une attitude qui consiste surtout à rechercher l’unité première et à la réaliser dans le parcours de vie que met en scène l’œuvre. Et s’il égrène à l’envi cette formule : « Sinon l’enfance, qu’y avait-il alors qu’il n’y a plus ? » dans « Pour fêter une enfance », le jeune poète d’Eloges signifie qu’il est déjà en quête de cette unité lovée dans les jours d’enfance, et qu’il entend éviter le funeste désenchantement de l’adulte : « Laissez-moi, je vais seul ». C’est sur une résolution que s’achève le poème.


La nostalgie est vécue comme un mal à conjurer, aux yeux de celui qui se met en chemin de cette conquête intime et c’est commettre un lourd contresens que d’associer Perse à cette veine de la ratiocination du souvenir et de la douleur du retour impossible. Eloges reste en cela, pour cette attitude en tant que telle, le creuset de toute l’œuvre à venir : une certaine éthique se dessine au sein même de ce protocole de la célébration, car il ne s’agit jamais de chanter la perte inconsolable, mais de recouvrer les facultés de vivre l’unité de l’Etre.



  

L'éloge, conjuration de la nostalgie


Si au seuil d’Eloges, les « King Light’s Settlements » nous indiquent bien que lumière et identification du moi ne font qu’un dans une évocation à clé de l’enfance, c’est aussi l’annonce d’un certain protocole. La célébration se déploie, selon ce protocole lumineux de l’ode (où le jeune poète se souvient de ses exercices de traduction de Pindare). La forme choisie en cette esthétique de l’éloge n’est donc pas anodine – c’est ce qu’explique ici Mireille Sacotte, dans son commentaire d’Eloges, paru en 1999 chez Gallimard (« Foliothèque ») :


"L'éloge est un genre, funèbre le plus souvent, auquel on se conforme en disant tout le bien possible d'un mort, héros tombé au champ d'honneur de préférence, ou de l'homme illustre qui vous a précédé sur tel siège de telle institution prestigieuse. Fausses larmes et dithyrambe prononcé par ceux qui ne sont pas en deuil, bien au contraire. L'éloge est un genre littéraire convenu, entre tombeau et blason. Il demande de l'éloquence, du souffle : Bossuet, Malraux. On l'a souvent détourné à des fins paradoxales, humoristiques. La Renaissance s'y amusait. Erasme a écrit l'Eloge de la folie. Viendront celui de la paresse, du tabac, de la fessée... Et pour n'en prendre qu'un, celui que Jean Follain consacre avec un grand faux sérieux à la très prosaïque et bonne vieille pomme de terre. En écrivant Eloges, poème et recueil, Saint-John Perse n'a pas choisi le paradoxe. Il célèbre une enfance de prince dans une île enchantée (le mythe), l'enfance dans des îles sous le vent (les archétypes), son enfance à la Guadeloupe (le réel)."


  

Célébration du monde et éloge de l'enfance


Même par le détour d'Images à Crusoé (qui revisite le mythe de Robinson Crusoé en une intention métaphorique d'identification qui apparaît assez clairement), Eloges est avant tout le recueil poétique de la réminiscence : chant pluriel du souvenir d'une enfance "seigneuriale" que déploient particulièrement "Pour fêter une enfance" et "Eloges". Le monde de l'enfance est celui de la Guadeloupe natale dont se souvient le jeune poète de vingt ans qui déjà, est tourné tout entier vers la préoccupation de la continuité, au-delà de toute nostalgie facile.


  

Alexis, enfant allié de la lumière, d’une vie sauvage qu’il lui fut donné de vivre durant les premières années de sa vie en Guadeloupe, sur les deux habitations familiales, Bois-Debout et La Joséphine. Alexis, enfant choyé qui saura quelques années plus tard tirer de l’expérience fondatrice de l’Eden tropical, la louange essentielle du monde, qui est la matrice même d’une poétique.


En 1911, Alexis Leger précise à Gide, à propos du choix d’ « Eloges » pour titre de son premier recueil : « Eloges. Il est si beau que je n’en voudrais jamais d’autre, si je publiais un volume – ni plusieurs ». L’éloge est donc au centre du projet littéraire du jeune Leger : il est défini par lui-même comme l’écrin absolu de son discours.


La poétique de ce Saintléger Léger qui n'est pas encore Saint-John Perse (rappelons que le pseudonyme n'apparaîtra qu'en 1924 pour la publication d'Anabase) est donc par excellence de l’ordre de cette modalité de la célébration, qu’Heidegger a reconnue comme consubstantielle au déploiement de l’esthétique poétique, en ses fondements les plus profonds. Une célébration qui est un moyen de reconquérir l'unité perdue de l'enfance : dans Eloges, la célébration est avant tout rattachée au souvenir de l’enfance : « J’ai lieu de louer », dit la parole adressée aux jours de plénitude. Pour autant, cette célébration mémorielle déjoue les pièges de la nostalgie mortifère.

  

Le recueil


Eloges est un recueil composite, qui regoupe plusieurs poèmes publiés à la NRF au début du siècle : "Ecrit sur la porte", qui constitue une sorte de seuil, publié en 1910, "Images à Crusoé", publié en 1909, les six textes de "Pour fêter une enfance" parus en 1910, puis "Eloges" proprement dit avec ses 18 chants, publié en 1911. L'ensemble est le premier pan de la poétique persienne, dans lequel se fixent déjà les repères essentiels d'un imaginaire.

 

L'ordre de succession des différentes parties du recueil est celui qui a été fixé par Saint-John Perse pour l'édition de la Pléiade en 1972 : plusieurs éditions précédentes présentaient un ordre différent. La genèse ainsi que les différentes étapes de la composition du recueil sont retracées par Mireille Sacotte dans sa présentation d'Eloges parue en 1999 dans la collection "Foliothèque" de Gallimard, à laquelle nous renverrons pour une utile synthèse à ce sujet.