Tel est le premier terme de l'énigme, et voici le second :
C'est que Perse ne renonce pas pour autant les diverses ambitions des poètes modernes - diverses, mais curieusement convergentes. Il exige de la poésie qu'elle soit tout à la fois un mode de connaissance et une façon de vie : la vie la mieux comblée, la connaissance la plus véridique. Et certes il s'allie la beauté, mais il n'en fait pas son but ni même sa réflexion. Certes encore il s'allie le plaisir. Il dit volontiers que la fin de la poésie est la délectation. Mais il n'a jamais recherché cette délectation pour elle-même. Plaisir et beauté, on dirait qu'il les a rencontrés par hasard. Il n'a pas plus tôt évoqué les avidités, les passions et les prises de notre cœur – ce cœur avide et enténébré – qu'il ajoute étrangement : "Mais nous vivons d'outre-mort" (quelle outre-mort ?) ; et encore : "notre route tend plus loin" (quels lointains ?)... "à quelle outrance courons-nous ?". Et : "le grand pas souverain de l'âme sans tanière...
Que le mot d'âme ne nous trompe pas. C'est parmi les ruines saintes et l'émiettement des vieilles "termitières" - il s'agit, je pense, des religions - que ce pas se fait entendre. "Grands aînés, dit encore Perse, vous n'aviez dit le mot... l'hôte est absent... Dieu l'aveugle..." Mais lui, qu'a-t-il donc vu ? Par quelle route est-il passé ? Quelle expérience a-t-il conduite ? Or, il n'arrive pas à Perse de tricher. Il ne songe ni ne rêve, il a les pieds sur terre, et son poème n'offre pas un détail qu'il ne soit aisé de vérifier - dût-on, pour ce faire, s'adresser au sociologue, au voyageur, au botaniste, au numismate. Il tient en horreur les causes invisibles, ayant la précision du savant, comme il en a la rigueur. Bref, je puis me fier sans réserve à ce que m'apprend "une seule et longue phrase sans césure", son poème.
Si je considère plus attentivement cette phrase, je m'aperçois que l'énigme est de tous les instants ; elle prend trois formes particulières : celles d'une épopée sans héros, d'une louange sans preuves, d'une rhétorique sans langage. »