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PIERRE OSTER - Adieu à Leger

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Si la mort de l’écrivain ne peut nous rendre plus sensible la haute teneur en humanité de ses dernières lignes, elle nous permet de ne pas demeurer davantage dans l’attitude de réserve que, pour plaire à Leger, il nous a fallu faire nôtre. Nous devons dire que la grandeur chez celui-ci était infiniment courtoise et bonne, ne plus garder secrètes les preuves d’affection élégante dont il savait enrichir une amitié même lointaine.


Marquons donc, d’un trait rapide, combien son hospitalité se voulait questionneuse, et soucieuse du détail, fidèle ensuite. L’excellence de l’universel, la mer intarissable de « l’Être », les mouvements par quoi il se mesurait à la précision des choses, rien ne lui eût caché les singularités accidentelles, ne l’eût incliné à s’y soustraire. Il paraissait avoir posé en règle que Saint-John Perse, de son côté, ne les effacerait pas.

Les Vigneaux

La chose française

Adieu à Leger

Le seul maître

Second adieu à Leger

INTRODUCTION

Double, certes, mais aussi doublement actif, et d’une dualité positive qui lui servait à mieux vivre l’amplitude d’un rapport original aux divers royaumes de la réalité, il démontrait la nature du travail poétique de retrait et d’expansion. Double, masqué, oui – mais d’un masque devenu si mince.


Apte, plus que personne, à mimer la course des forces élémentaires, à nous en restituer le jeu pas un « vaste enchaînement d’ellipses, de raccourcis, de contractions », maître de « l’extrême brièveté » qui décide, rassemble, classe, compare et juge, un home inventait la voie d’un équilibre entre l’acte d’écrire et l’œuvre à composer, l’acte à jamais pareil à une déchirure intime, l’œuvre close sur le pressentiment d’une proximité qui vaille pour autrui.


Là gît la vertu d’une éloquence qui conduit le lecteur ailleurs que dans la sûre satisfaction qu’elle communique. Par l’effet de mots bien gouvernés, nous commençons des conquêtes. La rigueur de la phrase nous établit dans une relation totale au langage, aux représentations familières qu’il charrie, aux souffles qui de toutes parts façonnent le nouveau.


Ainsi le Dieu ultime plusieurs fois désigné dans Sécheresse n’offre aucun caractère monumental. La marche ambiguë de son nom constitue un appel. Derechef la mobilité lemporte, une véhémence qui ne peut s’éteindre. Dans la bouche de quelqu’un qui mit en avant le flux, le vocable est en soi transgression.