"L'avion décrivait de larges cercles au-dessus du Bourget, une poix noire et ondulante recouvrait la moitié du terrain d'atterrissage. Léger (sic) se pencha vers Daladier et cria en la montrant :
- Quelle foule !
Daladier regarda à son tour ; il parla pour la première fois depuis leur départ de Munich :
- Ils sont venus me casser la gueule.
Léger ne protesta pas. Daladier haussa les épaules :
- Je les comprends.
- Tout dépend du service d'ordre, dit Léger en soupirant.
[...] L'avion s'était posé. Daladier sortit péniblement de la carlingue et mit le pied sur l'échelle ; il était blème. Il y eut une clameur énorme et les gens se mirent à courir, crevant le cordon de police, emportant les barrières : Milan but et dit en riant : "A la france ! A l'Angleterre ! A nos glorieux aînés ! " Puis il jeta de toutes ses forces le verre contre le mur ; ils criaient : "Vive la France ! Vive l'Angleterre ! Vive la paix ! " ils portaient des drapeaux et des bouquets. Daladier s'était arrêté sur le premier échelon : il les regardait avec stupeur. Il se tourna vers Léger et dit entre ses dents :
- Les cons !"