Mais la question de ces "premiers poèmes" serait trop simple si elle se restreignait à cette seule position des textes, en marge du corpus des oeuvres complètes. Avec Saint-John Perse, les choses ne sont jamais aussi simples, et la question se complique, mais devient également vite plus qu'intéressante quand, à s'y pencher de plus près, on s'aperçoit que mis à part de réels poèmes de jeunesse, ces cas recouvrent à la fois des textes retouchés bien plus tard, dans le souci d'une disposition au sein de la correspondance, et d'autes créés de toutes pièces, dans une sorte de mise en scène fictive de l'enfance et de la jeunesse (c'est le cas de Cohorte, comme on le verra). De sorte que ces "premiers poèmes", dans la position qu'ils occupent dans le volume de la Pléiade, ou même hors du volume, prolongent bien le geste de représentation voire de scénarisation dont relèvent les Œuvres complètes et c'est en vertu des recoupements d'ordre ohilologique opérés par certains critiques que l'on est aujourd'hui à même d'en retracer. Chacun d'entre eux relèvent à ce titre de tout un dispositif de remaniements, de réécriture, de composition, dans le but d'en assumer ou d'en renier la paternité. En fonction de leurs périodes d'écriture, ces textes annoncent les poèmes publiés, ou s'en éloignent au contraire, mais demeurent des balises à prendre en compte dans la genèse d'un style. Le cas de Cohorte, à n'en pas douter, échappe à ces caractéristiques, et nous replonge plutôt dans la problématique de la mise en place du corpus des oeuvres complètes.