Introduction
« Ce que nous sentons quand nous avons faim, de cette faim qui poussa Mermoz vers l’Atlantique Sud, qui pousse l’autre vers son poème, c’est que la genèse n’est point achevée et qu’il nous faut prendre conscience de nous-mêmes et de l’univers. Il nous faut dans la nuit lancer des passerelles. »
Antoine de Saint-Exupéry, Terre des hommes
Le pari était certes ambitieux : à la faveur de ce colloque international, il s’agissait pour nous de parcourir les problématiques posées par la question ouverte des allégeances identitaires de Saint-John Perse, entre Atlantique et Méditerranée, en essayant de renouveler les approches au regard des mutations intervenues ces dernières années au sein de la critique persienne ; mais nous avions souhaité que les données d’une simple rencontre universitaire fussent ici transcendées, par la transmission d’une ferveur : celle qui, au gré de la relecture de ce poète de l’en-allée, nous paraissait plus que jamais urgente à partager, au gré des carrefours méditerranéens et en des temps bouleversés.
Et puis il y eut l’inestimable accueil des Tunisiens, il y eut l’ineffable présence des étudiants de l’Université de Tunis, leur attention aux débats, il y eut la participation exceptionnelle à nos travaux d’Edouard Glissant qui, par-delà Méditerranée et Atlantique, nous a salués depuis New York – lui que nous avions choisi d’évoquer jusque dans la structure du colloque, en cette métaphore qu’il affectionne tant, « de la source au delta »… Alors pour nous, qui avions aussi rêvé de lancer des passerelles, nous qui avions faim de cette présence humaine qui sera la vraie postérité des poètes, pour nous qui avions soif d’échange et d’ardeur, il nous a été donné de voir « au fond du ciel à jeun de grandes choses pures qui tournent au plaisir…»
Encore un immense merci à celle grâce à qui cet événement a pu avoir lieu : Madame Samia Kassab-Charfi, Maître de conférences à l’Université de Tunis – l’instigatrice, la cheville ouvrière et l’âme de ce colloque, qui restera dans la mémoire de ceux qui ont eu la chance d’y participer et d’y assister.