« Le 26 octobre 1960, un télégramme d’Anders Österling, qui dirige le comité Nobel, lui apprend qu’il vient d’obtenir le Prix Nobel : “Au nom de l’Académie suédoise, j’ai l’honneur de vous annoncer que l’Académie a décidé aujourd’hui de vous attribuer le Prix Nobel littéraire pour l’année 1960”. Leger lui télégraphie aussitôt sa réponse : “J’accepte le prix littéraire qui m’est décerné par l’Académie suédoise et lui donne toute sa signification, heureux de pouvoir, en notre temps, reporter cet honneur à la poésie. Je serai le 10 décembre à Stockholm avec Madame Alexis Leger. Je vous remercie de vos félicitations personnelles. Alexis Leger” » (Joëlle Gardes-Tamine, « Chronologie », Saint-John Perse sans masque, La Licorne, 2002). L’œuvre de Saint-John Perse est donc couronnée en 1960 de la consécration suprême : le Prix Nobel de Littérature marque le moment fort d’une reconnaissance internationale qui s’est accrue au cours des années précédentes.
Un an auparavant, le poète s’est vu décerner par André Malraux le Grand Prix national des Lettres et ces années soixante sont marquées pour Perse par toute une série de distinctions officielles (jusqu’à l’élection, en cette année 1960, au titre de « Prince des poètes », décerné par un comité présidé par Pierre Béarn – titre que Perse décline finalement). Mais recevoir le Nobel n’est pas un épiphénomène dans la République des Lettres, et notamment pour un poète réputé déjà à l’époque pour la prétendue difficulté de son œuvre et pour l’hermétisme de son écriture, il s’agit assurément d’un tournant pour sa réception auprès des contemporains. L’Académie suédoise, qui motive toujours son choix, l’a fait cette fois-ci en ces termes, à propos de Saint-John Perse : « Pour l’envolée altière et la richesse imaginative de sa création poétique qui donne un reflet visionnaire à l’heure présente. »