Geneviève Besse est cofondatrice de l’Atelier de la Dolve avec André Besse et Pascal Bergerault. L’édition de livres d’artistes est l’aboutissement logique - bien qu’il n’y ait rien de prémédité - d’un long parcours au cours duquel elle s’est mesurée avec toutes les techniques possibles : aquarelle, acrylique, huile, gouache, gravure, collage, tapisserie, peinture et encres sur soie... Elle a été pionnière en matière de créations faites à l’aide du photocopieur et nul doute que la création assistée par ordinateur ne la tente un jour qu’on sent proche. Ce mariage heureux entre la plasticienne et la technologie a plus ou moins coïncidé avec la découverte de la fascination que pouvaient exercer sur elle les brouillons et manuscrits d’écrivains qui sont devenus, dès le début des années 90, l’objet d’interrogations méthodiques et passionnées au gré de rencontres d’exception, qu’il s’agisse de poètes, tel Bernard Noël, Claude et Jacqueline Held, tous trois amis de longue date et souvent associés dans des livres, ou d’universitaires comme Pierre Fresnault-Deruelle ou Pascal Bergerault. Elle doit à ce dernier de lui avoir fait découvrir l’oeuvre et les brouillons de Saint-John Perse qui l’ont accompagnée pendant quatre ans et qui lui ont permis incontestablement de s’affirmer dans une technique où elle est passée maître. Plume, pinceau et ratures du peintre y "dialoguent" avec les signes déposés par l’écrivain sur la page, signes qu’elle s’est employée à interroger, déformer, détourner, avant de nous surprendre encore par de nouvelles démarches créatives.
Dans les années soixante d’autres rencontres avaient été décisives pour l’affirmation de son art : Ubac, Bazaine, Sonia Delaunay, Vasarely, Calder, mais aussi, un peu plus tard, Olivier Debré ou Zao Wou-Ki... On n'oubliera pas, bien sûr, l'influence de son époux qui eut un chemin parallèle au sien, plus discret mais non moins riche, et avec lequel elle vécut de passionnantes aventures artistiques et pédagogiques dont la création d’un atelier d’art pour les enfants : "l’Atelier Besse" d’où sont sortis quelques grands créateurs de notre temps.
Elle est régionalement, nationalement et internationalement reconnue puisqu’elle a exposé à Tours, Paris, Perpignan, Avignon, Besançon, Châteauroux, Montauban, Blois, Annecy, Saintes, Niort, Lyon, mais aussi à Lausanne, Genève, Zurich, Bâle, Tokyo, Osaka, Rotterdam, La Haye... Nombre de ses œuvres figurent dans des collections particulières et musées de France, Suisse, Etats-Unis, Pays-Bas, Espagne, Australie...
Depuis peu Geneviève Besse s'intéresse à l'un de nos plus grands poètes. A son oeuvre, certes, mais aussi, dans la logique de la quête qui est la sienne - et que je viens de rappeler à grands traits -, à ses extraordinaires brouillons. Je serais tenté de dire que la rencontre était inévitable. Qui a pu voir les brouillons de Saint-John Perse n'a pu rester indifférent. Qui sait en outre les rapports complexes qu'Alexis Leger / Saint-John Perse entretenait avec sa propre graphie sera on ne peut plus attentif à la présente démarche de Geneviève Besse. Alors qu'elle travaillait jusqu'ici dans l'immédiateté d'un brouillon raturé à souhait, dans l'instantanéité du document unique et surchargé, voici qu'elle découvre avec l'auteur d'Anabase la multiplication de ces témoins manuscrits de l'œuvre en marche et les divers états d’un texte, ce cheminement de l'écriture au fil des jours, dont chaque feuille témoigne, jusque dans l'illisibilité. L'idée de faire écho plastiquement à l'émergence du poème a manifestement pris forme et se rationalise lors de cette nouvelle étape de la recherche de Geneviève Besse. (…)
Qui a lu Saint-John Perse sait (…) que son œuvre est toute de strates accumulées comme sédiments invitant à une lecture “géologique”. Un texte, un mot en cachent toujours d'autres, ce qui donne cette vibration si particulière, ces résonances qui nous promènent d'un poème à l'autre au gré d'indices plus ou moins subtils, visibles à l'oeil du seul exégète, souvent. Geneviève Besse - qu’elle me permette cette hypothèse - veut peut-être par son travail nous rappeler cela : qu'il faut lire ou qu'on gagnerait à lire Saint-John Perse comme un géologue “lit” un paysage. Il faut sonder la superposition des couches décelables dans le poème, faire des prélèvements, des coupes... Chez Saint-John Perse de nombreux motifs cheminent, souvent celés sous la chape coulée à plaisir par le poète qui veut à toutes forces affranchir et abstraire son oeuvre dans une grandiose solitude. Ces motifs pourront passer inaperçus. Ils affleurent à d'autres endroits comme un cristal d'améthyste à cueillir au cours d'une promenade attentive aux choses.